Le passeport administratif : de l'idée à la norme nationale
Chaque année, les Français consacrent en moyenne 26 heures à des démarches administratives. Une grande partie de ce temps est absorbée non par la complexité intrinsèque des démarches, mais par la répétition : répéter qui on est, où on vit, ce qu'on possède. Le passeport administratif est la réponse structurelle à cette inefficacité systémique.
Le constat : une bureaucratie fragmentée
La France dispose d'un État providence développé, d'une administration professionnelle et de services publics reconnus. Pourtant, l'interopérabilité entre ces services reste lacunaire. Un citoyen qui déménage doit notifier séparément sa mairie, les impôts, la CAF, sa caisse de retraite, son assurance maladie, sa banque, son assureur, son employeur — et bien d'autres.
Ce n'est pas un problème de volonté politique. Des initiatives existent : FranceConnect a créé une identité numérique unifiée pour accéder aux services publics en ligne. Le portail service-public.fr agrège de nombreuses démarches. Mais ces outils restent des portails d'accès, pas des portails de données. Ils permettent de s'authentifier et d'initier des démarches ; ils ne constituent pas un dossier permanent et partageable.
Les précédents internationaux
Plusieurs pays ont franchi cette étape. L'Estonie est l'exemple le plus cité : son système X-Road permet aux administrations et aux entreprises habilitées d'accéder à un registre civil commun, avec le consentement du citoyen. 99 % des services publics estoniens sont disponibles en ligne. Un Estonien peut créer une entreprise en 18 minutes.
Le Danemark et la Suède ont développé des approches similaires. Aux Pays-Bas, le DigiD est un identifiant numérique unique utilisé pour l'ensemble des interactions avec les administrations. Ces systèmes partagent une caractéristique : ils ne se contentent pas d'authentifier — ils permettent le partage de données validées entre acteurs autorisés.
La France n'est pas absente de cette réflexion. L'API Particulier, développée par la DINUM, permet déjà à certaines administrations d'accéder directement aux données fiscales des ménages pour simplifier les demandes de bourses ou d'aides sociales. C'est un pas dans la bonne direction, mais qui reste limité au secteur public.
Pourquoi le secteur privé doit prendre le relais
Les démarches administratives les plus lourdes ne sont pas toujours celles avec les administrations publiques. L'achat immobilier, la création d'entreprise, l'ouverture d'un compte bancaire professionnel, la souscription d'une assurance-vie, la mise en place d'une convention de trésorerie de groupe — toutes ces démarches impliquent un secteur privé réglementé qui, lui, n'est pas connecté aux registres publics.
Un dossier de prêt immobilier requiert en moyenne 42 documents distincts. Un dossier de LBO (Leveraged Buy-Out) peut mobiliser des centaines de pièces. La plupart de ces pièces sont des documents officiels dont l'authenticité pourrait être vérifiée instantanément si un système de partage contrôlé existait.
C'est là qu'un passeport administratif privé — complément du dispositif public — prend tout son sens. Il ne remplace pas l'État. Il crée le pont entre les données publiques certifiées et les acteurs privés qui en ont besoin, avec le citoyen comme point de contrôle central.
Les conditions d'une norme réussie
Pour qu'un passeport administratif devienne une norme en France, trois conditions doivent être réunies :
- 1La confiance : le citoyen doit avoir la certitude absolue que ses données ne seront jamais utilisées sans son consentement explicite, et qu'il peut retirer ce consentement à tout moment. Sans confiance, pas d'adoption.
- 2L'interopérabilité : un standard technique ouvert permettant à n'importe quel acteur autorisé de consommer les données, quelle que soit sa plateforme ou son secteur.
- 3La valeur immédiate : le passeport doit démontrer rapidement une utilité concrète. Un gain de 3 heures sur un dossier de prêt, c'est suffisant pour convaincre n'importe quel emprunteur.
Le rôle de KPKC.APP
KPKC.APP ne prétend pas, seul, faire émerger une norme nationale. Nous démarrons là où nous pouvons créer de la valeur immédiatement : l'accompagnement patrimonial et juridique, les démarches d'acquisition immobilière, la structuration d'entreprise. Nous construisons la preuve par l'usage.
Notre conviction profonde est que c'est depuis le bas — depuis les cas d'usage concrets, depuis la confiance gagnée utilisateur par utilisateur — que se construira la norme. L'État suivra, comme il a suivi FranceConnect après que les banques eurent démontré la faisabilité de l'identité numérique.
La question n'est pas si le passeport administratif deviendra une norme en France. C'est qui le construira, et comment.
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